07/04/2008

Assassins et violeurs rwandais en Belgique

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D'après le journal Le Soir du samedi 5 avril 2006.
Une partie des articles se trouve sur le site du journal.
1 - 2 - 3 - 4 - 5.

 

Par Hugues Dorzée :

 

Quatorze ans après le génocide au Rwanda, les tensions persistent sur le web et dans les cafés.
À la veille de la commémoration du 14ème anniversaire du génocide tutsi (entre avril et juillet 1994, un million de morts) la communauté rwandaise de Belgique est inquiète. Depuis des années, des discours haineux, ouvertement racistes et négationnistes circulent sur le Net. Des conférences visant à nier, minimiser ou justifier ce génocide sont organisées. Des groupes de pression tentent de faire entendre leur voix le 6 avril, veille de la commémoration officielle. Et, régulièrement, des Tutsis sont victimes de menaces, ou d'agressions à caractère xénophobe.
Les stratégies négationnistes sont désormais connues :
- la négation pure et simple du génocide tutsi appuyée par des ouvrages fantasques et fallacieux,
- la théorie du double génocide assimilant les crimes de guerre perpétrés par le FPR au Rwanda et au Zaïre à un génocide anti-hutus,
- la minimisation grossière des faits commis en 1994 et
- la place importante accordée aux complicités étrangères.

 

« Tout ça est très loin ma sœur, il faut oublier... » dit un homme à une femme dans un café.
Des heures plus tard, aidée par l'alcool, celle-ci avoue à une amie que le type en question, c'était celui qui l'avait violée en 1994.

 

Un rescapé de 16 ans du génocide tutsi croise un compatriote à la gare du Midi à Bruxelles et s'évanouit. Le passant n'était autre que le génocidaire de son père.

 

Un demandeur d'asile lors de l'entretien à l'Office des étrangers. Le choc.
L'interprète chargé de traduire son histoire du kinyarwanda au français est un Hutu. Qui ponctue l'entretien de petites phrases assassines échappant naturellement au fonctionnaire de l'Office :
- ça n'est pas vrai...
- Oui, toujours des histoires...
- Mensonges, toujours des mensonges.

 

Trois histoires vraies recueillies en 2008, à Bruxelles.
Une communauté rwandaise plus que jamais divisée entre Tutsis, métisses, Hutus modérés, extrémistes, nostalgiques du Hutu Power, ex-génocidaires...
Le racisme anti-tutsi sévit. Tantôt larvé, tantôt déclaré.
Avec le retour des insultes et menaces importées de 1994 et d'avant :
« cancrelat », « Serpent ! », « On va terminer le travail... »

 

Dans les cafés rwandais bruxellois (Anderlecht, Laeken, Porte de Namur...), mais aussi à Liège, Verviers ou Dendermonde, des cas d'attaques racistes sont rapportés.

 

Beaucoup se taisent et refusent de porter plainte, par souci de tranquillité, peur des représailles ou manque de confiance dans l'appareil judiciaire.

 

Eugène Mutabazi, rescapé du génocide de 1994 et le rabbin David Meyer ont fondé, à Bruxelles, l'ASBL Remember Tutsi Genocide.
Un nom et un visage aux victimes pour qu'ils ne périssent jamais.
Depuis 2007, identification des victimes du génocide des Tutsis.
A partir d'une feuille de témoignage inspirée de celle utilisée par Yad Vashem en Israël, ainsi qu'une base de données en ligne.
Travail sur fonds propres avec le soutien des autorités rwandaises et en collaboration avec une association locale d'aide aux rescapés (ARGR).
Une quinzaine d'enquêteurs sur le terrain.
En un an, 20.000 fiches ont été collectés et 2.000 sont déjà en ligne.
http://www.remember-tutsi-genocide.org.

 

La communauté rwandaise de Belgique attend de la société belge compréhension, protection, respect des droits et dénonciation des abus. C'est à la fois légitime et juste. Mais on est très loin du compte. Parce que la loi antiraciste est inappliquée. Parce qu'il n'existe aucune législation réprimant le négationnisme. Parce qu'en matière de transmission de la mémoire et de soutien aux rescapés, les moyens manquent cruellement. Or, c'est le prix à payer pour faciliter le travail de deuil et désamorcer la haine.

 

Ce lundi 7 avril, dès 19 heures, à Bruxelles,
la communauté rwandaise de Belgique marchera d'un seul pas pour commémorer le 14ème  anniversaire du génocide des Tutsis qui fit près d'un million de morts au Rwanda.
Une « marche du souvenir » entre la place Royale et le palais de justice organisée à l'initiative de l'ASBL Ibuka - Mémoire et Justice, avec le soutien des autorités belges et du monde associatif (Cocof, Ambassade du Rwanda, Mrax, Oxfam, Mutualités socialistes...)
Après, une soirée commémorative (chants, discours, témoignages de rescapés, poèmes...) est programmée au centre culturel d'Auderghem.
Informations sur
http://www.ibuka.net.

00:07 Écrit par Fr@ncine dans Bruxelles Ville et Région | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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