08/11/2007

Petit historique francophones-flamands

Hier mercredi, les représentants de la Flandre, majoritaires à la Chambre, en commission, ont voté la scission de l'arrondissement électoral de Bruxelles-Halle-vilvoorde. Si cette scission devient effective, les francophones des communes proche de la Région de Bruxelles-Capitale n'auront plus le droit, par exemple, d'être jugés en français.

>>>>>>
Dans le journal Le Soir de ce jeudi 8 novembre 2007.
Un intéressant historique de Luc Delfosse que je retrouve sur le site en ligne du quotidien.
Ce qui me permet de copier des extraits.

Depuis 177 ans, la Belgique en est au moins à sa troisième agonie communautaire.

>>>>>>
En 1840, l'ordre bourgeois, arrogant et francophone imposé dix ans plus tôt par ses pères fondateurs, encaisse déjà les premiers coups de boutoir de la Flandre qui exige très naturellement la parité linguistique. Tout commence donc très mal.

Du Nord au Sud, la langue officielle est le français. On parle le français
- à l'armée,
- aux guichets de l'administration,
- au tribunal,
- dans l'enseignement secondaire et universitaire.
Le flamand n'est « toléré » qu'à l'école primaire.

Dans ce conflit de classes, les intellectuels flamands se révoltent contre le « calvaire social » que vit la Flandre d'en bas.

Et puis il y a ces petits vicaires, qui partent en croisade contre le français, « accusé de charrier toutes les perversions ».

On exige que les affaires publiques en Flandre soient traitées en flamand.
Mais aussi à l'université de Gand, dans les écoles...
Oui : nous sommes en 1840 à peine !

Sept ans plus tard, Henri Conscience, l'auteur du « Lion des Flandres », publie « Le Manifeste du mouvement flamand ».

>>>>>>
En 1856, un gouvernement... De Decker, pour tenter de faire baisser la vapeur « flamingante » (le mot, déjà, est installé !), inaugure une « Commission des Griefs flamands ». Une tentative d'enterrement de première classe. Bernique. En 15 ans, les « griefs » sont bétonnés dans la loi.

>>>>>>
Dès le milieu des années 1880, Ligues et Cercles fleurissent au Sud mais aussi à Bruxelles et... en Flandre. Dame : Wallons et... « fransquillons » sont des alliés objectifs ; tous s'inquiètent des « revendications exagérées des flamingants !

Quand sont votées les premières grandes lois linguistiques, on entend et on lit des choses terribles : « Wallons et Flamands seront bientôt confinés dans leurs provinces. »
Ou encore ceci, si contemporain : « Ce n'est plus la justice que l'on réclame, c'est l'asservissement des Wallons par les Flamands. »

>>>>>>
Jusqu'à « la grande et horrifiante vérité » de Destrée : « Sire il n'y a pas de Belges ». Nous sommes en 1912. La lettre du député socialiste marque un tournant capital dans notre histoire : la question belge ne se résume plus à un problème culturel ou linguistique. Elle est un problème de nationalité.

Exit la Belgique de grand-papa.

>>>>>>
Celle de « papa », elle, meurt à petit feu sous nos yeux dans les années 1970.
Lentement mais inéluctablement, la Belgique unitaire et bon enfant, se régionalise.

Place à l'Etat fédéral.
Il se compose « des communautés et des régions » (article 1 de la Constitution du 17 février 1994).
Il comprend trois communautés (article 2).
Mais aussi trois régions (article 3).
Mais encore quatre régions linguistiques (article 4).
C'est la Belgique du fédéralisme d'union. Du consensus plus ou moins mou. Celle de Baudouin, de Martens, de Dehaene. Celle... de Verhofstadt, encore, sous sa casquette de Premier ministre. C'est ce modèle-là qui est passé de vie à trépas ce mercredi, en une demi-heure, en commission de l'Intérieur de la Chambre.

Une communauté unie comme un faisceau de baïonnettes, dans une alliance objective entre démocrates et néofascistes, a eu raison de l'autre.

Du haut de sa santé économique insolente, la Flandre a fait triompher la loi du plus fort.

Mais au fond, la réalisation de l'ambition de la Flandre passe-t-elle nécessairement par l'éclatement... final du royaume ?
Pas sûr du tout... jusqu'à preuve du contraire et sous réserve de la disponibilité de l'Europe à accueillir quelques micro-Etats nouveaux : la réussite de la Flandre s'appuie sur l'existence même de la Belgique. Ce pays est à la fois son vivier et son tremplin. On serait dès lors prêt à parier une portion de boudin contre douze plates de Zélande que, bien avant son 180e anniversaire, la Belgique sera une confédération. Un agrégat de mini-États quasi autonomes plutôt qu'un royaume explosé.

Les commentaires sont fermés.