31/01/2007

Kaddish pour l'enfant qui ne naîtra pas Imre Kertézs

Auschwitz-bruler

Billet posté le 27 janvier 2007 à 20h53.
Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas.
Au Théâtre Océan Nord à Schaerbeek.

imre-kertesz-theatre-ocean

Titre: Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas
Auteur: Imre Kertész. Prix Nobel de littérature 2002. http://www.schaerbeek.irisnet.be/.../theatre
http://www.theatrenational.be/...
http://www.wbtd.be/... Isabelle Pousseur
http://www.candiulb.be/culture/...

Au Théâtre Océan Nord, rue Vandeweyer, 63-65, à Schaerbeek.
Jusqu’au 8 février 2007. Avec Paul Camus. Mise en scène : Isabelle Pousseur.

Le titre « Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas » me donnait envie de voir de quoi il s’agissait.
Mais malheureusement, pour moi, pas de séance en journée.
Cette semaine, à Télé Bruxelles, Isabelle Pousseur et le comédien ont été interviewés et on a montré un extrait.
J’en ai perdu l’envie de voir le spectacle.
Mais j’ai tout de même cherché des renseignements sur internet.
J’ai acheté
- Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas.
- Être sans destin.

J’ai commencé à lire le premier. J’ignore si j’aurai le courage de lire le second.

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

kaddish

Mais qu’est ce que le kaddish ?
A ne pas confondre avec la prière des morts, Yiskor (vient de la racine « souvenir », lue à voix basse par les orphelins à la synagogue à certaines fêtes. Traditionnellement, les enfants, et les adultes dont les parents sont toujours en vie, quittent la synagogue pour la durée de cet office.

Après la guerre, un passage supplémentaire « chanté » à haute voix par l’officiant, passage dans lequel on peut reconnaître des noms, ceux des camps d’extermination. Passage, si je ne me trompe pas, qu’on peut entendre dans un film dont j’ai oublié le nom et qui se passe en Italie. Et bizarrement à la fin d’un film consacré au massacre des Protestants en France.

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

kaddish

http://www.cisonline.org/... (extrait)
le Kaddish des orphelins (Kaddish yatom), traduit à tort par Kaddish des morts.
Cette appellation est fausse, puisque les défunts n’y sont jamais évoqués.
La tradition hébraïque ne connaissait aucun culte des morts (pas même dédié à Moïse), et que la prière pour « l’élévation de l’âme » est tardive (après l’exil de Babylonie).

Le but de ce Kaddish, comme les autres rites de circonstance d’ailleurs, est d'aider les enfants à faire le deuil de l’être aimé et à réintégrer le chemin de la vie en acceptant le décret du ciel, comme dit le Talmud : "l'homme est tenu de bénir Dieu aussi bien pour le bonheur que pour le malheur".
Si ce Kaddish fut associé aux morts, c’est en raison des terribles massacres des Croisés au XIIIè siècle.

Il existe un autre Kaddish des orphelins qui est récité après l'enterrement et qui exprime le vœu de voir la reconstruction du Temple et la résurrection des morts, Kaddish récité également durant le jeûne du 9 av, mais du fait de sa rareté et de sa difficile prononciation, seuls les plus orthodoxes le récitent.

http://yves.frisch.free.fr/...hebreu
Kadich : Prière qui chante la gloire de Dieu. Prière dite aussi sur la tombe d'un proche. Souvent appelé, à tord, la prière des morts.
Yiskor : vient de la racine "souvenir". Prière à la mémoire des défunts.

http://claudet.club.fr/.../ElMaleRahamim
El Male Ra'hamim (hébreu, transcription, traduction)
http://claudet.club.fr/...MusiqueCamps.html

http://fr.wikipedia.org/wiki/Kaddish
http://fr.wikipedia.org/wiki/Hannah_Arendt

Auschwitz-bruler

Billet posté le 27 janvier 2007 à 21h51.
Imre Kertézs, écrivain juif hongrois.

Imre Kertész est un écrivain hongrois, traduit en plusieurs langues.

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

Être sans destin. Actes sud. (Note du livre)

imre-kertesz

Imre Kertész, écrivain juif hongrois, est né à Budapest en 1929.
Déporté en 1944 à Auschwitz puis à Buchenwald, il en est libéré en 1945.

Imre Kertész a d’abord gagné sa vie comme journaliste pour un quotidien dont il est licencié en 1951 lorsque celui-ci est proclamé organe du Parti communiste.

Après deux ans de service militaire, il se consacre à l’écriture, notamment des comédies musicales, et à la traduction d’auteurs allemands.

En 1975, il publie son premier roman, Être sans destin, dans une indifférence générale, et il faudra attendre 1990 et la chute du mur de Berlin pour qu’Imre Kertész soit lu et reconnu dans son pays.
Hantée par le souvenir des camps, l’oeuvre d’Imre Kertész est riche d’une dizaine d’ouvrages dont Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas en 1990.

En octobre 2002, Imre Kertész reçoit une double consécration :
- le prix Hans Sahl, du cercle des auteurs allemands, pour l’ensemble de son oeuvre, et surtout
- le prix Nobel de littérature, attribué pour la première fois à un auteur hongrois.

Imre Kertész partage sa vie entre Budapest et Berlin, où il est devenu une figure importante du paysage intellectuel outre-Rhin et collabore au journal Die Zeit.


xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

imre-kertesz-etre-sans-destin

Le livre : Être sans destin.

De son arrestation, à Budapest, à la libération du camp, un adolescent a vécu le cauchemar d’un temps arrêté et répétitif, victime tant de l’horreur concentrationnaire que de l’instinct de survie qui lui fit composer avec l’inacceptable.
Ce livre pose la question de savoir ce qu’il advient de l’humanité de l’homme quand il est privé de tout destin.


xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas.

imre-kertesz-kaddish Actes Sud, 10/18, n°3589. (D’après la couverture)

C’est pour l’enfant auquel il n’a jamais voulu donner naissance qu’Imre Kertész prononce ici le Kaddish, la prière des morts de la religion juive.
C’est un monologue intérieur qui est aussi le récit d’une existence confisquée par le souvenir de la tragédie concentrationnaire.

La vie d’Imre Kertész, qui connut la déportation à Auschwitz et Buchenwald, est lacérée par le sentiment de l’exil intérieur que renforcent les conditions de la vie intellectuelle et quotidienne de la Hongrie d’avant 1989.

Proférée du fond de la plus extrême souffrance, cette oraison funèbre affirme l’impossibilité d’assumer le don de la vie dans un monde définitivement traumatisé par la Shoah.
Ce que pleure le narrateur, ce n’est pas seulement « l’enfant qui ne naîtra pas », c’est l’humanité toute entière.


xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

Liens
http://fr.wikipedia.org/wiki/Imre_Kert%C3%A9sz
http://nobelprize.org/...2002
http://www.col.fr/arche/...

Auschwitz-bruler

Billet posté le 28 janvier 2007 à 18h19.
Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas.
Extraits du livre.

Titre du spectacle donné jusqu’au 8 février 2007 au Théâtre Océan Nord à Schaerbeek,
Titre du livre :
Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas
Auteur : Imre KERTÉSZ,
écrivain juif hongrois ayant connu la déportation à Auschwitz à l’âge de 15 ans,
prix Nobel de littérature 2002.

kaddish

Long monologue.
Où trouve-t-on une pause en cours de lecture ?
A la fin d’une phrase marquée par un point.
A la fin d’un paragraphe.
Ici les phrases sont longues et on n’aperçoit pas de paragraphes.
Page après page, un texte avec un seul paragraphe avec l’alignement justifié,
c’est-à-dire bien aligné à gauche et à droite.
Les pauses, il faut les prendre soi-même.
Pour comprendre.
Pour revenir en arrière pour retrouver le fil conducteur.
Comme une longue enfilade de chambres pour atteindre la porte de sortie,
mais il y a d’autres portes ouvertes
et l’auteur s’en sert pour expliquer, pour répéter.
Un long monologue sans pause
comme une seule pensée qui envahit
et qui saute d’une réflexion à une autre
comme seule peut le faire une pensée,
très vite, sans pause,
contrairement à ce qui se passe ordinairement
quand on veut écrire (du moins pour moi).

Voici un fil conducteur, mon fil conducteur,
avec des pauses que sont
les sauts de textes et les renvois à la ligne.
Un aperçu.

page 7

"Non !"
- dis-je immédiatement, tout de suite, sans hésiter, pour ainsi dire instinctivement,
car il est désormais naturel que nos instincts agissent contre nos instincts,
que pour ainsi dire nos contre-instincts agissent à la place de nos instincts,
et même les supplantent
- (…)
-, dis-je donc au philosophe qui venait vers moi,
(…)
je sais encore reconnaître ce que j’aime,
bien que ce soit sans cette violence qui me frappe en pleine poitrine,
me noue l’estomac,
me fait bondir et me galvanise,
avec laquelle je reconnais ce que je hais.

Je ne sais pas pourquoi avec moi,
il en va toujours et partout
autrement qu’avec les autres,
et à vrai dire, même si je le sais peut-être,
il est plus simple que je croie ne pas le savoir.

Cela m’épargnerait beaucoup d’explications.

Mais il est visiblement impossible d’échapper aux explications,
nous passons notre temps à expliquer et à nous expliquer ;
la vie,
cet inexplicable complexe de présences et de sensations,
exige de nous des explications,
notre environnement exige des explications,
et pour finir,
nous exigeons des explications de nous-mêmes,
jusqu’à ce que nous réussissions à tout anéantir autour de nous,
y compris nous-même,
c’est-à-dire à nous expliquer à mort
- (…)
et aussi que ma politesse exagérée,
exagérée jusqu’à l’abnégation,
comme si j’implorais sans cesse qu’on me laisse exister,
mener cette existence.

Mon Dieu.
J’étais tout simplement parti faire une promenade en forêt
- tant pis si ce n’était qu’une minable chênaie
-, pour prendre l’air
- tant pis si cet air était quelque peu vicié
-, pour m’aérer la tête, comme on dit, parce que cela sonne bien
si on ne considère pas le sens des mots,
parce que si on le considère,
alors, n’est-ce pas, ces mots n’ont aucun sens,
(…)
c’est ici que je passe - que je passais - mon temps,
(…)
au coeur de ces collines de Hongrie,
dans une maison, appelons-la maison de repos,
(…)
où j’avais gagné le droit de séjourner
en l’honorable compagnie d’intellectuels du même tonneau
que je ne peux pas éviter
(…)
il faut bien manger,
(…)
il faut bien aussi se promener,
et alors voilà, je rencontre, au beau milieu de la forêt,
lourdaud et déplacé, avec sa casquette à visière, beige et brune à carreaux, son raglan flottant, ses minuscules yeux blafards, son grand visage semblable à une pâte souple, pétrie, et déjà levée - M. Obláth, le philosophe.
Il exerce ce métier dans le civil,
c’est écrit en toutes lettres sur sa carte d’identité,
(…)
le penseur était d’humeur songeuse en venant vers moi,
je l’avais vu tout de suite à sa tête légèrement penchée sur le côté,
(…)
je ne connaissais pas sa vie
et j’espérais qu’il ne me la raconterait pas.

Non, mais il me surprit en me posant une question
aussi indiscrète que celle d’un voleur me demandant
combien d’argent j’ai en poche,
à savoir qu’il se mit à s’appesantir sur ma situation familiale,
après m’avoir présenté la sienne,
à titre d’acompte, certes,
comme s’il partait du principe que si moi,
je pouvais tout savoir sur lui,
alors que cela ne m’intéressait guère,
il avait bien le droit de…
mais je coupe court à mes divagations,
parce que je sens que les lettres, les mots m’entraînent,
et qui pis est dans la mauvaise direction,
(…)
M. Obláth se contenta de me demander innocemment si j’avais des enfants ;
en tout cas, il le fit avec une franchise brutale,
c’est-à-dire avec l’indélicatesse qui caractérise les philosophes,
et ce, au plus mauvais moment possible ;
mais comment aurait-il pu savoir
que sa question me bouleverserait ?
Puis je répondis à sa question,
poussé par cette contrainte inexorable de parler
due à ma politesse exagérée jusqu’à l’abnégation
et qui m’inspirait le dégoût, pourtant :

     "Non !" - dis-je immédiatement, tout de suite, sans hésiter, pour ainsi dire instinctivement,
car il est désormais naturel que nos instincts agissent contre nos instincts,
que pour ainsi dire nos contre-instincts agissent à la place de nos instincts,
et même les supplantent :
(…)
M. Obláth parlait toutefois avec tant d’amabilité que j’avais retenu finalement (j’allais dire : fatalement) ses remarques les plus pertinentes.

Il n’avait pas d’enfants, disait-il,
il n’avait personne qu’une femme vieillissante luttant contre le vieillissement,
si j’ai bien compris,
parce que le philosophe s’exprimait en termes plus vagues,
pour ainsi dire, plus discrets,
me laissant comprendre ce que je voulais comprendre,
et que je comprenais malgré moi, bien sûr.
(… )

page 16

je lui tenais fidèlement compagnie,
bouleversé comme il se doit par ses paroles boueversantes,
ne partageant toutefois pas vraiment sa peur
(…)
car lorsqu’elle viendra,
nous ne la craindrons plus,
nous ne nous rappellerons même plus que c’était cela que nous craignions jadis
(…)

kaddish

Parce que c’est aussi un coup de pelle à la fosse,
à la tombe que je creuse dans l’air (car je pourrai m’y étendre confortablement),
et c’est peut-être pourquoi, dis-je,
mais je ne le dis pas au penseur mais à moi-même,
il ne faut pas craindre la sclérose des sentiments,
il faut l’accepter
et même la saluer comme une main secourable
qui se tend vers nous,
nous aide à aller à la fosse, certes,
mais nous aide quand même :
(…)
il y a là aussi quelque chose de faux que j’entends sans cesse,
comme ces chefs d’orchestre qui entendent immédiatement que le cor anglais a joué un demi-ton trop haut à cause d’une coquille sur sa partition, par exemple.

Et cette fausse note,
je l’entends sans cesse
non seulement en moi-même,
mais encore autour de moi,
dans mon environnement cosmique, pour ainsi dire,
tout comme au sein de cette nature louche
(…)
et ainsi, nous rentrions à petits pas, deux intellectuels moyens d’âge moyen,
somme toute bien habillés, bien nourris, bien portants,
deux survivants (chacun à sa manière),
deux hommes encore en vie, deux demi-morts,
et nous disions ce que deux intellectuels peuvent encore se dire, et tout à fait inutilement.
(…)

page 21

je n’avais finalement pas fait demi-tour pour me débarrasser de M. Obláth :
j’étais resté avec lui,
envoûté et aussi à cause de mon vide dissimulé sous un besoin de parler,
et aussi à cause de la mauvaise conscience (du dégoût) que me procurait ledit vide,
allez savoir pourquoi,
j’étais resté avec lui pour ne pas entendre, ne pas voir et ne pas devoir parler de ce que je devrais dire, voire écrire.

Oui, cette nuit m’a puni - ou récompensé ? - en apportant un tournant, une tempête soudaine, avec le grondement du tonnerre, les éclairs sinistres qui zébraient le ciel d’un bout à l’autre avant de disparaître, et ces hiéroglyphes en zigzag, ces petites lettres nettement lisibles, du moins pour moi, tous ces
     "Non !" - étaient les miens, car il est désormais naturel que mes instincts agissent contre mes instincts,
que pour ainsi dire mes contre-instincts agissent à la place de mes instincts, et même les supplantent.

     "Non !" - cria, hurla en moi quelque chose, immédiatement, tout de suite,
et mon cri a mis de longues années à s’apaiser,
devenant une sorte de douleur sourde mais tenace,
jusqu’à ce que, lentement et malicieusement, comme une maladie latente,
la question se dessine en moi - de savoir si tu aurais été une fillette aux yeux bruns, le nez couvert de pâles taches de rousseur, ou bien un garçon têtu avec des yeux joyeux et durs comme des cailloux gris-bleu - oui, si l’on considère ma vie comme la possibilité de ton existence.

Et ce jour-là, je considérai toute la nuit cette question
(…)
si bien que je dois considérer les phrases que j’écris en ce moment
comme ayant été écrites cette nuit-là,
et pourtant cette nuit-là, j’ai vécu plus que je n’ai écrit,
j’ai vécu, ou plutôt, diverses souffrances m’ont déchiré,
(…)
j’ai peut-être écrit quelques mots confus dans les carnets, les cahiers, les blocs-notes
que j’ai toujours à portée de main mais que je n’ai pas pu reconstituer par la suite,
et même si j’avais pu le faire,
je ne les aurais pas compris,
puis je les ai oubliés,
et ce n’est que de nombreuses années plus tard
que cette nuit a resurgi en moi,
et il a fallu encore plusieurs années pour que j’essaie d’écrire
ce que j’aurais pu écrire cette nuit-là,
si j’avais écrit,
(…)
cette nuit n’était que le premier coup de pelle à la tombe que je me creuse - c’est désormais indubitable - dans les nuages.

(…)

page 25

je me suis réfugié dans l’ivresse objective de la traduction comme dans l’alcoolisme…
(…)
mon (ex-)femme,
(…)
je ne lui ai jamais fait aucun reproche ; mais - mon Dieu - que lui reprocherais-je, que lui aurais-je reproché, peut-être de vouloir vivre ?
(…)

page 28

ma femme (qui n’est plus ma femme depuis longtemps) est médecin,
enfin pas trop, parce que je ne l’aurais pas supporté,
même à titre provisoire,
mais seulement dermatologue,
(…)
et soudain, le monde bascula, au sens propre du terme,
et il me renvoya, avec une sensation soudaine de chute qui me noua l’estomac, vers ma lointaine enfance qui a pour origine une vision,
comment dire, stupéfiante, d’une stupéfaction qui m’a marqué pour la vie,
(…)
je m’y suis parfois identifié par la suite,
(…)
j’étais cette vision, exactement comme je l’avais vue dans ce village poussiéreux et étouffant où on m’avait envoyé en vacances.

Oui, c’est là que j’avais vécu pour la première fois parmi des juifs, je veux dire de vrais juifs, et non des juifs tels que nous, juifs de la ville, juifs de Budapest,
(…)
l’oncle et la tante (je ne me rappelle plus à quel degré, pourquoi m’en souviendrais-je, ils ont depuis longtemps creusé leur tombe dans l’air où ils sont partis en fumée) étaient de vrais juifs,
avec prière le matin, prière le soir, prière avant les repas, prière du vin,
(…)
je crois que la guerre avait déjà éclaté,
mais chez nous, tout était encore paisible et beau,
(…)
j’ouvris imprudemment la porte
(…)
rien qu’en considérant mon âge, je ne pouvais pas me sentir préparé :
une femme chauve en robe de chambre assise devant son miroir.

ce n’est que beaucoup plus tard, une fois rentré à la maison, que j’osai effleurer la question de savoir si j’avais bien vu ce que j’avais vu, parce que moi-même j’avais commencé à en douter ;
et le visage rieur de mon père ne me rassura pas le moins du monde
(…)
je trouvais son rire tout simplement stupide, parce qu’il n’avait pas compris ma frayeur,
(…)
en m’expliquant donc que c’étaient des polish, et que les femmes polish, pour des raisons religieuses, se rasaient la tête et portaient une perruque, c’est-à-dire le sheytl ;
et ensuite, devenant de plus en plus sérieux, il ajouta que j’étais juif moi aussi,
ce qui, comme cela se révéla petit à petit, était en général passible de la peine de mort,
vraisemblablement pour que je considère ce fait particulier et incompréhensible - c’est-à-dire d’être juif - dans sa propre étrangeté, mais sous un éclairage plus familier,
je compris alors qui j’étais :
une femme chauve en robe de chambre assise devant son miroir.
(…)
finalement je n’eu plus besoin de cette définition, tout simplement parce que je m’étais fait à cette idée,
je veux dire à l’idée de ma judéité,
tout comme j’ai fini par me faire aux autres pensées désagréables et surtout pas très compréhensibles,
lentement, une par une, concluant une paix crépusculaire,
en sachant bien que ces pensées désagréables et surtout peu compréhensibles disparaîtront quand, moi-même, je disparaîtrai,
(…)
ma judéité, (…) qui peut représenter de temps en temps un danger de mort relatif,
(…)

page 34

j’attendais donc mon - ex- femme dans la lumière glauque de ce café, (…) les deux femmes discutaient à la table voisine (…) j’entendis ces mots : "..Je ne sais pas, mais je ne pourrais pas avec un étranger… Avec un Noir, un Tzigane, un Arabe…" La voix s’interrompit, mais je sentais qu’elle hésitait seulement, (…) je savais bien ce qui devait suivre, et la voyant réfléchir si longtemps, j’allais lui souffler, quand elle ajouta enfin, laborieusement : "..avec un juif", et alors soudain, mais d’une façon totalement inattendue, vu que je comptais sur ce mot, que je l’attendais, l’épiais, l’exigeais presque, le monde bascula, avec une sensation soudaine de chute qui me noua l’estomac et, pensai-je, si cette femme me regarde maintenant, je vais me métamorphoser : je serai une femme chauve en robe de chambre assise devant son miroir, on n’échappe pas à cette malédiction
(…)
ma colère n’était encore pas vraiment montée qu’elle retombait déjà
(…)
pourquoi dois-je convaincre cette femme, ou bien moi-même,
(…)
je sais qu’un jour, je ne devrai plus devoir,
et j’aurai le droit de m’étendre sur une couche confortable,
après qu’on m’aura sérieusement fait travailler,
qu’on m’aura sifflé pour que je creuse ma propre tombe,
et à présent, bien que tant de temps soit déjà passé - mon Dieu ! - j’en suis encore à creuser.
(…)

page 37

     "Non !" - crie, hurle en moi quelque chose, je ne veux pas me souvenir, je ne veux pas tremper mon sachet de thé "Garzon" un boudoir en guise de madeleine
(…)
mon Dieu ! on est de toute façon un peu coupable, c’est tout,
j’ai survécu donc je suis, pensais-je,
non, je ne pensais rien,
simplement j’étais, tout simplement, comme un survivant (…) qui ne sent pas la nécessité de justifier sa survie, (…) d’en faire au fond le seul triomphe réel, le seul possible qui serait - aurait été - la survie prolongée et multipliée de cette existence,
et donc de la mienne dans mes descendants - dans mon descendant - en toi -,
non, je n’y pensais pas,
je ne pensais pas devoir y penser,
jusque cela me tombe dessus une nuit
(…)

page 42

il m’a fallu cette nuit pour voir enfin dans le noir,
pour voir entre autres la nature de mon travail
qui, au fond, ne consiste qu’à creuser,
à continuer à creuser la tombe que d’autres ont commencé à creuser pour moi dans l’air,
puis, tout simplement parce qu’ils n’ont pas eu le temps de terminer (…) ils m’ont fourré l’outil dans les mains et ils m’ont planté là pour que je finisse moi-même le travail qu’ils avaient commencé.
(…)

ce "non" n’était donc pas une décision, au sens où je pourrais - j’aurais pu - décider librement si "oui" ou "non",
non, c’était une prise de conscience,
ce "non", cette décision que je n’ai pas prise, que je n’ai pas pu prendre, qu’on a prise pour moi, n’était d’ailleurs pas une décision : c’était la prise de conscience de mon verdict, une décision qu’on peut considérer comme telle dans la mesure où je n’ai rien décidé contre elle, (…) comment pourrait-on décider quoi que ce soit contre son destin, pour employer cette expression grandiloquente,
alors que par destin,
nous comprenons la plupart du temps ce que nous comprenons le moins,
c’est-à-dire nous-mêmes,
(…)

page 44

avec l’assistance de M. Obláth, la question qui s’était dessinée,
à savoir : mon existence considérée comme possibilité de ton être,
à la lumière des prises de conscience successives et à l’ombre du temps qui s’écoule,
se transforma une fois pour toutes pour devenir :
ton inexistence considérée comme la liquidation radicale et nécessaire de mon existence.

Imre Kertész, Kaddish pour l’enfant qui ne naîtra pas, Auschwitz. Antisémitisme.

Auschwitz-bruler

Billet posté le 31 janvier 2007 à 19h47.
Être sans destin.
Extraits du livre.
Auschwitz Tatouage Extermination Faim Kaddish
.

Être sans destin, Imre KERTÉSZ (écrivain juif hongrois, prix Nobel de littérature 2002), Actes Sud.

(...)

page 147

je l’ai mangé, bien que je n’aie jamais vu pareil pain :
de forme carrée, et tant la croûte que la mie semblaient être faites de la même boue noire, avec dedans des brins de paille et de petits grains qui crissaient sous la dent ;
mais c’était du pain et, en fin de compte, j’avais faim après ce long voyage.

J’ai étendu la margarine avec le doigt, faute de mieux, comme une espèce de Robinson, si j’ose dire, de la même façon que je voyais les autres le faire, d’ailleurs.

Ensuite, j’ai cherché de l’eau,
mais j’ai dû faire la pénible constatation qu’il n’y en avait pas :
j’étais contrarié parce que nous allions de nouveau avoir soif, comme dans le train.

C’est à ce moment que notre attention fut attirée, plus sérieusement cette fois, par l’odeur.

Auschwitz-el-male-raramim

J’aurais du mal à la définir :
elle était douceâtre et en quelque sorte gluante,
elle rappelait un peu le produit chimique que je connaissais déjà,
et tout cela à un point tel que je craignais que cela ne me fasse rendre le pain que je venais de manger.

Nous n’avons eu aucun mal à trouver le coupable :
c’était une cheminée, à gauche, du côté de la route, mais beaucoup plus loin.
(...)

le bruit courait déjà qu’heureusement nous ne travaillerions pas dans cette usine :
si tout allait bien, si le typhus, la dysenterie ou quelque autre épidémie ne se déclarait pas parmi nous,
nous irions dans un endroit plus accueillant, nous assurait-on.

C’est pourquoi, en attendant, nous n’avions pas encore de numéro sur nos habits, ni sur la peau, comme par exemple notre chef, "le chef de bloc" comme on l’appelait désormais.

Beaucoup avaient vu ce numéro de leurs propres yeux :
il était inscrit à l’encre vert clair - c’est le bruit qui s’est répandu - sur le poignet, gravé de façon indélébile avec des aiguilles prévues à cet effet, tatoué, comme ils disaient.
(...)

La réponse qui allait de bouche à oreille,
dont on cherchait la signification et qu’on répétait souvent autour de moi,
était celle que l’un de ces prisonniers avait donnée à la question qu’on lui avait posée.

Il aurait dit "Himmlische Telephonnummer",
c’est-à-dire "le numéro du ciel".

Je voyais que cela avait rendu tout le monde songeur,
et bien que je n’y aie rien compris, je trouvais moi aussi ces paroles indubitablement bizarres.
(...)

il s’est avéré petit à petit, et je ne sais plus très bien de quelle manière,
que cette cheminée, là en face, n’était en réalité pas la cheminée d’une tannerie, mais celle d’un "crématorium", comme on me l’expliqua.

Alors je l’ai regardée plus attentivement : c’était une cheminée trapue, carrée, à large gueule, comme si on lui avait donné un coup sur le sommet.

Je peux le dire, à part un certain respect - et puis l’odeur, naturellement, dans laquelle nous étions englués comme dans une espèce de bouillie épaisse, de marécage -, je ne sentais rien.

Auschwitz-el-male-raramim

Mais dans le lointain, nous avions aperçu encore une cheminée, puis une autre, et encore une à l’horizon lumineux, et chaque fois, nous étions étonnés, deux d’entre elles crachaient de la fumée, comme la nôtre, et ceux qui distinguaient au loin, derrière une sorte de forêt au feuillage rabougri, un nuage de fumée qui s’élevait, avaient sans doute raison,
et ils se demandaient, à juste titre selon moi,
si l’épidémie était importante au point de faire tant de morts.

Je peux affirmer qu’avant que le soir du premier jour ne soit tombé j’étais en gros à peu près précisément au courant de tout.
(...)
on n’a pas eu trop de temps, (...) on a tous dû partir comme on était.
(...)
Le chemin aller et retour que nous dûmes faire sous la direction du chef de bloc fut assez long
(...)

Je pourrais le jurer : personnellement, je n’ai parlé avec aucun étranger sur cette route.
Et pourtant, c’est de ce moment-là que datent mes connaissances les plus précises.

Auschwitz-el-male-raramim

A cet instant-là, là-bas, en face,
brûlaient nos compagnons de voyage,
tous ceux qui avaient voulu monter dans les camions,
ceux qui s’étaient avérés inaptes aux yeux du médecin à cause de leur âge ou pour tout autre raison,
de même que les petits enfants, leurs mères et les futures mères pour lesquelles ça se voyait déjà, comme ils disaient.

Eux aussi étaient allés de la gare aux douches.

Eux aussi avaient eu des explications concernant les crochets, les numéros, les modalités de la douche, exactement comme nous.

Il y avait eu des coiffeurs, assurait-on, et ils avaient reçu un morceau de savon.

Ensuite, eux aussi étaient entrés dans le local des douches où, à ce qu’on me dit, il y avait aussi des tuyaux et des pommes :
sauf qu’on ne leur a pas envoyé de l’eau, mais du gaz.

Je n’ai pas appris tout cela d’un coup, plutôt petit à petit, complétant sans cesse mes connaissances avec de nouveaux détails,
en ôtant quelques-uns,
en laissant d’autres
et en rajoutant de nouveaux.

Cependant, disait-on, ils sont très gentils avec eux, ils les entourent de soins et d’affection,
les enfants chantent et jouent au ballon et l’endroit où on les asphyxie est très beau,
il se trouve au milieu d’une très belle pelouse, d’un bosquet et de plates-bandes :
voilà pourquoi cela éveillait en moi une impression de plaisanterie, d’une espèce de blague de potache.

A cela venait s’ajouter, quand j’y pensais, l’habileté avec laquelle on m’avait fait changer d’habit grâce à la trouvaille du crochet avec son numéro, (...)

Bien sûr, j’admettais que tout ceci n’était pas vraiment une plaisanterie, si je le considère d’un autre point de vue, puisque j’ai pu m’assurer du résultat - pour m’exprimer ainsi - de mes propres yeux et surtout avec mon estomac qui se retournait sans cesse ;
mais voilà, c’était l’impression que j’avais
(...)

des messieurs en costumes chic, avec des cigares, des décorations, sûrement rien que des chefs qu’on ne peut pas déranger à ce moment-là : voilà comment je me les imaginais.

L’un d’eux tombe sur l’idée de gaz ;
dans la foulée, un autre trouve la douche,
un troisième le savon,
un quatrième ajoute les fleurs, et ainsi de suite.

Certaines idées ont peut-être été discutées longuement, modifiées,
d’autres en revanche ont été immédiatement acceptées avec joie,
et en sautant en l’air (je ne sais pas pourquoi, mais j’insiste : ils sautaient en l’air),
ils se frappent les mains les uns les autres - tout cela était parfaitement imaginable, du moins en ce qui me concernait.

Ensuite, grâce à de nombreuses mains zélées et un grand remue-ménage, les idées des chefs étaient devenues réalité, et l’application, je le voyais bien, ne laissait planer aucun doute quant à son succès.

C’est sans aucun doute ce qui était arrivé à la vieille femme qui avait obéi à son fils à la gare, au petit garçon en chaussures blanches et à sa maman blonde, à la dame corpulente, au vieillard en chapeau noir ou au névropathe devant le médecin.
(...)

page 156

Auschwitz-el-male-raramim

Une autre chose encore m’a rendu quelque peu songeur ce jour-là, à savoir le fait que - comme je l’ai appris -cet endroit, cette institution, existait depuis des années,
elle était là, elle fonctionnait, jour après jour de la même façon, comme si - j’admettais certes que cette idée était un peu exagérée, mais quand même - elle m’attendait, moi.
(...)
cette année-là avait aussi été très significative pour moi, puisque c’était justement celle de mon inscription au lycée.
(...)
J’avais également retenu les paroles du proviseur
(...)
il avait cité un philosophe de l’Antiquité : "Non scolae sed vitae discimus" - "Nous étudions non pour l’école, mais pour la vie".

Et dans ce cas, c’était mon avis, j’aurais dû jusqu’au bout étudier exclusivement Auschwitz.

On m’aurait tout expliqué, ouvertement, honnêtement, intelligemment.
Sauf qu’en quatre ans d’école je n’avais pas entendu un traître mot à ce sujet.
Bien sûr, je reconnaissais que c’eût été gênant, et puis cela ne fait pas partie de la culture, je l’admettais.

Auschwitz-el-male-raramim

L’inconvénient, c’était que j’ai dû apprendre seulement sur place, par exemple, que nous étions dans un Konzentrationslager, un "camp de concentration".
Et encore, ceux-ci n’étaient pas tous pareils, nous expliqua-t-on.
Celui-ci par exemple était un Vernichtungslager, c’est-à-dire un "camp d’extermination", nous apprit-on.
En revanche, se dépêcha-t-on d’ajouter, l’Arbeitslager, à savoir le "camp de travail", c’était tout autre chose
(...)
nous aussi, nous allions nous retrouver dans un tel endroit, s’il n’y avait pas un empêchement quelconque, ce qui - reconnaissait-on autour de moi - pouvait toujours arriver à Auschwitz.
Quoi qu’il en fût, il était formellement déconseillé de se déclarer malade, nous expliqua-t-on.
(...)

Les jours suivants (...) m’ont laissé des souvenirs moins détaillés, mais plutôt une couleur, un sentiment, pour ainsi dire une impression générale.
Sauf que c’est justement ce qu’il me serait difficile de définir.
(...)
le cercle des visages froids et allongés d’hommes qui se regardaient fixement et se demandaient sans cesse les uns aux autres : "Qu’en dites-vous ? Qu’en dites-vous ?", et la réponse ne venait pas, ou bien c’était toujours la même : "C’est effroyable".
Mais ce n’est pas avec ce mot, pas précisément avec cette expérience - du moins en ce qui me concerne, naturellement - que je pourrais vraiment caractériser Auschwitz.
(...)

j’étais fort étonné par l’organisation des repas à Auschwitz.
(...)
dès le troisième jour j’avais fait connaissance avec la pénible sensation de la faim,
(...)

je n’ai passé en tout et pour tout que trois jours entiers à Auschwitz.
Au soir du quatrième jour, j’étais de nouveau dans un train, dans l’un de ces wagons à bestiaux que je connaissais déjà.
La destination - comme nous l’apprîmes - était "Buchenwald",
(...)
Nous n’étions plus soixante, mais quatre-vingts, en revanche, nous n’avions pas de bagages et puis il n’y avait pas de souci à se faire pour les femmes.
(...)
Nous sommes arrivés à Buchenwald par un matin clair et ensoleillé, mais avec des nuages et une légère brise qui rafraîchissait l’air.
La gare, du moins après celle d’Auschwitz, ressemblait à une agréable petite station de campage.
Mais l’accueil fut déjà moins chaleureux :
(...)
Quelques cris brefs : "Alle raus !" - (...)
quelques détonations, quelques claquements, un ou deux mouvements de bottes, quelques coups de crosse, de rares gémissements - et déjà notre colonne se formait, s’ébranlait, comme tirée par une corde,
(...)
un compatriote (...) inscrit ton nom dans un grand registre, après quoi, il te donne un triangle jaune et une large bande, les deux du même tissu.
Au milieu du triangle, tu peux lire un grand U, signifiant que, somme toute, tu es hongrois, et sur la bande, un nombre imprimé, le mien par exemple, c’est 64 921.
Je suis prévenu qu’il vaudrait mieux que j’apprenne au plus tôt à le prononcer en allemand (...) car ce sera la réponse que je devrai dorénavant donner au cas où on me demanderait mon identité.
Mais ici, on ne t’écrit pas ce numéro sur la peau,
(...)

plusieurs fois, j’ai perçu la langue étrange que j’avais entendue pour la première fois à Auschwitz dans la bouche des prisonniers qui nous avaient accueillis, et plus tard dans le train.
(...)
J’ai su que non loin de notre camp se trouve une ville importante du point de vue de la culture, Weimar, dont j’avais déjà appris la renommée à l’école, naturellement :
c’est là que vécut et écrivit entre autres l’homme dont je connais même sans livre le poème commençant par "Wer reitet so spät durch Nacht und Wind ?",
(...)

page 188

d’abord devenir un assez bon détenu, l’avenir fera le reste - voilà en gros comment je comprenais les choses, c’est là-dessus que je fondais mon comportement
(...)

Le tout est de ne pas se laisser aller : tant qu’il y a de la vie, il y a de l’espoir - comme me l’a enseigné Bandi Citrom, et lui, c’était le service du travail qui lui avait appris cette sagesse.
(...)
Il faut garder un morceau de pain pour le café du lendemain matin, quelle que soit la sévérité qu’exige de nous cette mise au pas,
et encore un - en surveillant de près nos pensées sans cesse attirées par notre poche, et surtout nos mains qui s’y fourrent déjà - pour la pause de midi,
ainsi, et seulement ainsi, on peut éviter cette pénible pensée : il n’y a plus rien à manger.
J’observais Bandi Citrom et je tâchais de mettre en pratique ce que j’apprenais, toutes ces connaissances très utiles dans la vie d’un détenu.
(...)

durant les jours d’été les plus chauds, ils faisaient penser à des corbeaux transis de froid en hiver.
Par chacun de leurs pas raides et trébuchants, ils semblaient demander : finalement, un tel effort en vaut-il la peine ?
Ces points d’interrogation ambulants - car tant par leur aspect extérieur que par leur taille, je ne saurais les caractériser autrement - sont connus au camp de concentration sous le nom de "musulmans", comme je l’ai appris.
Bandi Citrom m’a mis tout de suite en garde contre eux : "Il suffit de les regarder pour perdre l’envie de vivre",
(...)

Auschwitz-el-male-raramim

Bandi Citrom m’en apprit davantage à propos de cette drôle de compagnie, corporation, confrérie, ou comment pourrait-on la nommer, dont l’un des membres, à ma gauche dans le rang, m’avait déjà frappé par son comportement lors de mon arrivée.
Bandi Citrom m’a dit qu’on les appelait les "Finnois".
Et effectivement, si tu leur demandes d’où ils viennent, ils te répondent - si toutefois ils t’en trouvent digne : "fin Minkács" par exemple, par quoi ils veulent dire "de Munkács" ; ou bien : "fin Sadarada", et ça, par exemple, c’est - il faut le deviner : Sátoraljaújhely.
(...)
Entre eux, avec les Lettons, ils emploient la langue des juifs, mais ils connaissent aussi l’allemand, le slovaque et qui sait encore quoi d’autre, mais pas le hongrois
(...)
le hasard a fait que je me suis retrouvé dans leur commando. "Reds di yiddish ?" - telle fut leur première question.
Dès que je leur eus dit que malheureusement non, rien à faire, c’en fut fini de moi, (...) "Di bist nicht ka yid, d’bist a chéguetz", disaient-ils en secouant la tête
(...)

il me demanda : "Savez-vous ce que signifie la lettre U - il montra sa poitrine -, là ?"
Je lui dis que je le savais, évidemment : "Ungar", c’est-à-dire "Hongrois". "Non, répondit-il, Unschuldig", à savoir "innocent"
(...)

j’entends des murmures bizarres, quelqu’un chante tout bas des incantations d’une voix saccadée, je remarque la lueur atténuée de bougies dans un coin de la tente, et j’entends dire qu’on est vendredi soir, et qu’il y a là-bas un religieux
(...)

page 206

Ma bonne humeur, mon entrain diminuaient, chaque jour, j’avais un peu plus de mal à me lever, j’étais un peu plus fatigué, en me couchant.
J’avais un peu plus faim, un peu plus de mal à bouger, tout commençait un peu plus difficilement, je devenais un fardeau pour moi-même.
Moi, nous tous, je peux le dire, n’étions plus tout à fait de bons détenus,
(...)
je regardais Bandi Citrom, je ne lui voyais rien de particulier.
Mais quand j’essayais de me rappeler et de le comparer avec sa première apparition, (...) de revoir (...) ses muscles et ses tendons apparents, telle une carte géographique, avec ses reliefs et ses dépressions, qui se pliaient avec souplesse, durcissaient en se tendant, bougeaient inlassablement, alors, en effet, je commençais à avoir quelques doutes.
A ce moment-là seulement, je compris que le temps pouvait parfois tromper nos yeux, manifestement.
(...)
Une autre fois, c’est moi qui ne reconnus pas une étrange créature qui se traînait justement par là, sans doute vers les latrines.
La casquette lui tombait sur les oreilles, son visage n’était que bosses, arêtes et angles, son nez était jaune avec une goutte pendant au bout. "Joli-Coeur!" lui dis-je : il ne leva même pas les yeux. Il continua de traîner les pieds, retenant d’une main son pantalon, et je me dis : Ça alors, je ne l’aurais jamais cru.
(...)

A la maison, j’avais lu qu’avec le temps, et aussi au prix de l’effort nécessaire, on pouvait s’habituer à la vie de détenu.
Et ce doit être possible, je n’en doute pas, au pays, disons, dans une prison honorable, civile ou comment dire.
Sauf qu’un camp de concentration, selon ma propre expérience, n’en offre pas vraiment les moyens.
Et je peux affirmer sans hésiter que - du moins en ce qui me concerne - ce n’était jamais par manque d’effort ou de bonne volonté :
le problème, c’est qu’on ne nous donne pas assez de temps, tout simplement.
(...)

même en captivité, notre imagination reste libre. Cependant (...) elle a, j’en fait l’expérience certaines limites. (...) je me retrouvais la plupart du temps seulement à la maison. (...) J’ai bientôt abouti à la conclusion (...) que j’avais beaucoup, beaucoup trop de choses à me reprocher. (...) Il y avait aussi à la maison des choses (...) que je craignais, comme par exemple certaines matières d’enseignement et leurs professeurs, j’avais peur d’être interrogé, de répondre des âneries et, enfin, de mon père, quand je lui apporterais les résultats : à présent, j’évoquais ces peurs, rien que pour le plaisir de me les représenter, de les revivre et d’en sourire.
Mais mon passe-temps préféré était de m’imaginer maintes fois une journée entière à la maison, sans lacune, du matin jusqu’au soir, si possible, et toujours en me limitant à des faits modestes.
(...)

page 220

la troisième forme d’évasion, la vraie, au sens propre du terme, il semble bien qu’il n’y en ait eu qu’un seul et unique cas dans notre camp. Les fugitifs étaient au nombre de trois, (...)
la joie maligne que nous ressentions (...) et, après l’enthousiasme de la perspective de suivre cet exemple, après en avoir mesuré les possibilités, petit à petit, nous étions tous très en colère contre eux, la nuit, vers deux ou trois heures, quand en punition de leur méfait, l’appel durait encore et que nous étions toujours debout, plus précisément : que nous vacillions encore.

Le lendemain soir, pendant que nous rentrions, je tâchai de nouveau de ne pas regarder vers la droite.
En effet, il y avait là trois chaises avec dessus trois hommes, trois formes humaines. (...) je vis en outre un échafaudage (...) et je compris : c’était une potence. (...)
ensuite tout se déroula comme il se doit (...)
Je portai mon attention plutôt à gauche, d’où arrivait une voix, une sorte de murmure, une sorte de litanie.
Je vis, là, dans le rang, une tête un peu tremblante (...)

Auschwitz-el-male-raramim

Je compris bientôt le mot qu’il disait, d’autant plus que, petit à petit, d’autres le reprenaient dans les rangs.
En l’occurrence, tous les Finnois, mais de nombreux autres aussi.
Et même, je ne sais pas de quelle façon, mais il était passé à côté, dans les autres blocs,
il se répandait et se propageait, car là aussi, je voyais de plus en plus de lèvres qui remuaient et des épaules, des cous, des têtes qui, prudemment, d’un mouvement presque imperceptible mais résolu, se balançaient d’avant en arrière.

kaddish

Cependant, ce murmure, au centre du rang, était à peine audible, mais incessant, comme une rumeur qui monterait des profondeurs de la terre : "Yishkadal, véyishkadal !" - encore et encore, et même moi je savais que c’était ce qu’on appelle le kaddish, la prière des juifs pour les morts. (...)
je fus alors saisi pour la première fois, je ne sais pas pourquoi, par une impression de manque, et même par une espèce de jalousie, pour la première fois, je regrettai un peu de ne pas savoir moi aussi - au moins quelques phrases - prier dans la langue des juifs.

Mais ni l’obstination, ni la prière et les évasions d’aucune sorte ne pouvaient me délivrer d’une chose : la faim.
(...)
j’avais eu faim (...) dans le train, à Auschwitz et aussi à Buchenwald - mais je n’avais pas encore connu cette sensation de cette façon (...)
Je m’étais transformé en une sorte de trou, de gouffre, et tous mes efforts, toutes mes préoccupations avaient pour seul but de faire disparaître, de remplir, de faire taire ce gouffre sans fond de plus en plus exigeant. (...)
quand il m’arrivait de voir de l’herbe, je n’hésitais pas - hélas, il n’y avait guère d’herbe (...)

Je peux affirmer qu’il y a des notions que nous ne pouvons comprendre totalement que dans un camp de concentration. (...)
Je n’aurais jamais cru, par exemple, que je me transformerais si vite en un vieil homme flétri.
Au pays, il faut du temps pour cela, cinquante ou soixante ans au moins ; au camp, trois mois ont suffi pour que mon corps me trahisse.

Je peux affirmer qu’il n’y a rien de plus pénible, de plus décourageant que de relever, de comptabiliser jour après jour ce qui meurt en nous. (...)
A présent, cette même peau pendouillait, ridée, elle était jaune et desséchée, recouverte de toutes sortes d’abcès, de ronds bruns, de gerçures, de crevasses, de rugosités et de squames qui, surtout entre les doigts, provoquaient des démangeaisons désagréables. "La gale", affirma Bandi Citrom (...)
Chaque jour, j’étais surpris par une nouveauté, une nouvelle difformité sur cette chose de plus en plus étrange et étrangère qui avait jadis été un bon ami : mon corps. (...)

page 232

il y a, qu’on s’y attende ou pas, qu’on les provoque ou qu’on tâche de les éviter, toujours et partout : les coups.

à la fin de cette journée, j’ai senti que quelque chose s’était irrémédiablement brisé en moi,
désormais, je croyais chaque matin que c’était le dernier où je me levais,
à chaque pas, que je ne pourrais plus en faire encore un,
à chaque mouvement, que je ne pourrais plus effectuer le suivant ;
et pourtant, en attendant, je les ai effectués encore tant de fois.

(...)

Une seule chose s’était exacerbé en moi : l’irritabilité.
Si quelqu’un s’en prenait à mes aises (...) j’aurais pu à l’instant même, sans la moindre hésitation et sur-le-champ, le tuer, par exemple - si j’avais pu, bien sûr, et si je n’avais pas oublié, le temps de lever la main, ce que je voulais faire. (...)

mon genou me faisait déjà très mal (...)
mon corps fut jeté avec d’autres sur la plate-forme mouillée d’un camion (...)
A l’hôpital, le temps passait : quand je ne dormais pas, j’étais occupé tout le temps par la faim, la soif, la douleur dans la région des incisions, (...)
Un peu plus tard commencèrent à arriver ceux à qui il fallait amputer un ou deux orteils, voire tous, et qui racontaient qu’à l’extérieur, au camp, c’était l’hiver (...)

page 251

C’est également là que j’ai su vraiment ce qu’est la vermine.
J’étais incapable d’attraper les puces : elles étaient plus rapides, ce qui étaient bien compréhensible puisque, finalement, elles étaient mieux nourries que moi. (...)

j’étais en vie et en moi brûlait encore, vacillante, certes, comme en veilleuse, quelque chose, la flamme de la vie, comme on dit - c’est-à-dire qu’il y avait là mon corps, je savais tout à son propos avec précision, sauf que moi-même, je n’étais plus dedans, en quelque sorte. (...)
je m’étais enfin libéré pour la première fois des tourments de l’irritabilité (...)
lorsque avec tous ceux qu’on ne pouvait visiblement plus vraiment espérer remettre au travail sur place, je fus en quelque sorte renvoyé à l’expéditeur, à Buchenwald, je fis part aux autres de ma joie, avec les moyens qui me restaient, naturellement, car je m’étais rappelé soudain (...) les soupes du matin. (...)

Auschwitz-el-male-raramim

Il est possible que ce fût de ma faute si je ne le savais pas, mais je n’avais jamais été assez prévoyant pour me renseigner sur les habitudes, le règlement, les méthodes de Buchenwald, bref, sur la façon dont ils le faisaient ici :
au gaz, comme à Auschwitz, ou peut-être à l’aide d’un produit pharmaceutique, ce dont j’avais également entendu parler là-bas, éventuellement avec une balle, mais peut-être autrement, par l’un des mille autres moyens pour lequel mes connaissances étaient insuffisantes (...)

à son odeur aigre, je reconnus de loin, pas de doute, la soupe de rave. (...) ce spectacle, ce fumet firent naître dans ma poitrine pourtant déjà raidie un sentiment dont les vagues croissantes parvinrent à presser quelques gouttes plus chaudes de mes yeux déjà desséchés dans l’humidité froide qui baignait mon visage. (...) je voudrais vivre encore un peu dans ce beau camp de concentration. (...)

Cet endroit plein à craquer (...) où on me déposa (...) correspondait déjà, en gros, plus ou moins à mon attente.
Incidemment, il me vint à l’esprit que, eh bien, d’après cela, les coutumes d’Auschwitz étaient en vigueur ici aussi.
Ma surprise fut d’autant plus grande quand, après une brève attente, après des sifflements et des gargouillis, de l’eau se mit soudain à couler abondamment des robinets là-haut, de l’eau chaude. (...)
je me rappelle une épaule qui me portait (...) mes entrailles, qui donnèrent soudain signe de vie, commencèrent à s’agiter, à désobéir, (...) je cherchai en vain sur les planches nues la paille (...) mais finalement, pour le temps que je pouvais m’attendre à vivre ici, ce n’était pas un détail très important, en effet, j’en convenais. (...)

page 276

je le laissai m’emporter où bon lui semblait.
Il y a des endroits bizarres à Buchenwald. (...)
Dans ce couloir, il y a des portes (...) et derrière l’une d’entre elles se trouve une chambrée chauffée et claire où t’accueille, déjà prêt, comme n’attendant que ton arrivée, un lit vide.
Sur le lit, il y a un édredon rouge. (...)

et alors, tu commenceras à te creuser la tête : comment comprendre tout cela, en fait, cette chambrée, cette plaisanterie avec l’édredon, les lits, le silence.
Diverses choses te passeront par la tête, tu essaieras de te souvenir, de faire des déductions, de juger, de trier tes connaissances.
Il est possible - t’inquiéteras-tu comme moi - que ce soit peut-être un de ces endroits dont nous avons entendu parler à Auschwitz, où l’on nourrit les malades de lait et de miel, puis, par exemple, on leur tire petit à petit les boyaux, pour savoir, pour les besoins de la science. (...)

au bout d’un certain temps, même si c’était petit à petit, avec des réserves, avec prudence, je dus reconnaître, admettre la réalités des faits,
à savoir que, selon toute vraisemblance, cela aussi était possible, croyable, mais simplement plus inhabituel et aussi plus agréable, bien sûr,
mais au fond en aucune manière plus bizarre, à bien y réfléchir, que - dans un camp de concentration, en définitive - toute autre bizarrerie possible et croyable, dans un sens ou dans l’autre, naturellement.
(...)

page 310

Je peux le dire : avec le temps, on peut même s’habituer aux miracles.
Petit à petit, je commençai à me rendre tout seul à la salle de soins (...)
parmi les nombreuses odeurs, j’en découvris une nouvelle : celle du printemps naissant, (...)
j’écoutais les ordres qui sortaient des haut-parleurs (...)
Ainsi "Friseure zum Bad, Friseure zum Bad" retentit de plus en plus souvent dans la journée, et la chose est claire : un nouveau convoi est arrivé.
Cela va toujours de pair avec "Leichenkommando zum Tor", c’est-à-dire "Porteurs de cadavres, au portail" ; et quand ils ont besoin de renforts, j’en tire des conclusions sur les effectifs et la qualité du chargement.

j’ai pris l’habitude d’être réveillé chaque nuit par les instructions du haut-parleur (...)
je peux en déduire qu’il ne souhaite nullement que la lueur inopportune des flammes risque d’attirer les avions. (...)
j’ai appris qu’à présent les nouveaux venus pouvaient attendre jusqu’à deux ou trois jours devant les douches, debout, nus, avant de pouvoir entrer (...)
j’ai entendu le jeune hongrois (...) parler (...) d’une marche de plusieurs jours (...) en contournant sans cesse l’ennemi, à savoir l’armée américaine (...)

page 323

la boîte crépita soudain et après quelques brefs craquements, sifflements, on annonça (...) "wir sind frei", "nous sommes libres" (...)
Dehors, le soir d’avril était déjà sombre (...)
quelque chose se débloqua en moi, et je pensai à mon tour - peut-être pour la première fois sérieusement - à la liberté.

Je suis rentré chez moi à peu près à l’heure où j’étais parti.
(...)

page 352

"Avant tout, tu dois oublier ces atrocités."
Je demande : "Pourquoi ?"
"Pour que tu puisses vivre", et M. Fleischmann hoche la tête et ajoute : "Vivre libre"
sur quoi l’autre hoche la tête et ajoute à son tour : "Avec un tel fardeau, on ne peut pas commencer une nouvelle vie", et il y avait du vrai, j’en convenais.
Sauf que je ne comprenais pas bien pourquoi ils voulaient une chose impossible,
et je leur ai signalé que ce qui s’était passé - s’était passé et que, finalement, je ne pouvais pas commander à ma mémoire.
Je ne pourrais commencer une nouvelle vie, considérais-je, que si je naissais à nouveau, ou si un accident, une maladie ou quelque chose affectait ma conscience (...)

j’ai vécu un destin donné.
Ce n’était pas mon destin, mais c’est moi qui l’ai vécu jusqu’au bout,
et j’étais incapable de comprendre (...) qu’il fallait l’adapter à quelque chose,
maintenant, je pouvais ne pas m’accommoder de l’idée que ce n’était qu’une erreur, un accident, une espèce de dérapage, ou que peut-être rien ne s’était passé. (...)
on ne pouvait jamais commencer une nouvelle vie,
on ne peut que poursuivre l’ancienne.

Pourquoi ne voulaient-ils pas admettre ceci :
s’il y a un destin, la liberté n’est pas possible ;
si, au contraire (...) la liberté existe, alors il n’y a pas de destin,
c’est-à-dire (...) qu’alors nous sommes nous-mêmes le destin :
c’est ce qu’à cet instant-là j’ai compris plus clairement que jamais.
(...)

on ne peut pas tout me prendre,
il m’est impossible de n’être ni vainqueur ni vaincu, (...)
de n’être ni la cause ni la conséquence de rien (...)
je ne pouvais pas avaler cette fichue amertume de devoir n’être rien qu’innocent.

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

Notes en fin de livre :
Lager (allemand) : camp.
Wer reitet so spät durch Nacht und Wind ? (allemand) : Qui chevauche si tard dans la nuit et le vent ? (Premier vers du poème Le Roi des aulnes de Goethe)

Cliquez pour voir mes billets aux dates suivantes :
27-01-2007,
23-03-2006, 22-03-2006,
26-04-2005, 27-01-2005, 03-04-2005, 27-05-2005, 09-05-2005,
22-07-2004.

xxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxxx

Autres sites :
- Auschwitz-Birkenau, activités pédagogiques. Cliquez.
- Enseigner après Auschwitz : 1, 2.
- Souvenir d’hier + un lien pour écouter le chant des partisans juifs avec notamment les paroles « Ne dis jamais que c’est ton dernier chemin ». Cliquez.
- Vincent Engel. Cliquez.

Auschwitz-bruler

Billets groupés le 3 juin 2007.

Les commentaires sont fermés.