20/05/2006

Benoîte Groult, écrivaine française et féministe, 86 ans

Dans la page forum du journal Le Soir du vendredi 19 mai 2006.
Interview de Benoîte Groult, écrivaine française et féministe, 86 ans.
Propos recueillis par William Bourton. Extraits.

W.B. : Quelle est la réaction des jeunes femmes à qui vous expliquez que les Françaises n’ont pu voter qu’en 1945 (et les femmes belges en 1948) ?
B.G. :
Droit de vote, etc. Elles ont tout cela au berceau, elles croient que c’est éternel, dans l’avenir et dans le passé.

W.B. : « Féministe » a désormais une connotation négative. Entre 1968 et 1980, le féminisme était pourtant une case très populaire. Que s’est-il passé ?
B.G. :
Aujourd’hui il y a une espèce de retour au cocooning.
Quand je pense que nous, on ne pensait qu’à sortir de la maison et qu’aujourd’hui, les magazines féminins, qui n’accompagnent plus du tout le combat des femmes, engagent à pouponner pendant sept ou huit ans…
Et après ? Le marché du travail sera fermé.

W.B. : Faut-il imposer la parité en politique ou est-ce que cela doit devenir naturel ?
B.G. :
Ce n’est pas naturel, on le sait.
En Suède, ils l’ont compris : ils ont imposé des quotas durant deux ou trois ans
et quand il y a eu un nombre suffisant de femmes, on a supprimé les quotas.
Elles avaient pris l’habitude d’être élues.

W.B. : Vous votez systématiquement pour une femme ?
B.G. : A valeur à peu près égale… oui.

W.B. : c’est du sexisme à l’envers !
B.G. : Il y a tellement de sexisme à l’endroit que je rétablis l’équilibre, si je le peux.

W.B. :
Fadela Amara, cheville de l’association « Ni putes ni soumises » a affirmé que la parité, c’était très bien
mais que dans les cités, c’était un peu comme les soldes chez Hermès…
Comment réagissez-vous
 ?
B.G. :
Fadela Amara a voulu dire que le mouvement féministe était bourgeois.
C’est vrai, mais c’est par là que ça commence.
Sous la Révolution, le Tiers Etat, c’était la bourgeoisie, pas les paysans
.

W.B. : Dans la culture musulmane, le rôle des femmes est souvent difficile
B.G. :
C’est évident.
Beaucoup n’ont pas le droit de sortir de la maison, donc elles sont complètement bloquées dans leur évolution.
Elles fabriquent des enfants, et les garçons sont de petits pachas, mais les filles restent à la maison à leur tour.
Les religions n’ont pas un rôle émancipateur. Aucune !
J’ai été à l’école catholique.
Les seuls hommes qui y entraient, c’était le curé, pour dire la messe.
Ça a commencé à me rendre un peu féministe.

W.B. : Pensez-vous que les attitudes que vous venez de décrire dans la communauté musulmane vont évoluer à court ou moyen terme ?
B.G. :
A moyen terme, je trouve cela optimiste.
Il y a dix ans, dans ma ville, les filles étaient dévoilées et en mini-jupe.
Aujourd’hui, elles se promènent voilées, avec trois enfants…
Et quand on entend ces filles qui passent à la télé en disant : « C’est mon choix », on a envie de pleurer !
Elles croient
que c’est leur choix…
Elles sont dominées par des islamistes
qui ont l’air moderne et audacieux mais qui ne le sont pas.
Le voile est un signe de soumission
, c’est pour cela que je suis pour l’interdiction à l’école :
qu’au moins durant cette période, elles aient les mêmes études, q’elles aillent en gym, apprennent à nager, fassent des sciences
.

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Sur le site d’une université du Québec, une interview de 1971 à écouter. Durée 14 min. Cliquer ici.

21:45 Écrit par Fr@ncine dans Divers | Lien permanent | Commentaires (0) |  Facebook |

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