25/04/2006

Meurtre de Joe

 

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Billet du jour posté à 09h30

Entretien avec Ahmed Medhoune.

Point d'interrogation, Le Royer

D’après le journal Le Soir du 24 avril 2006, page 7.
Tout l’article est à lire, ici uniquement des extraits comme d’habitude.

Ahmed Medhoune est sociologue à l’Université Libre de Bruxelles (ULB).
Connu pour ses travaux sur l’immigration et l’école, il a conçu et mené des actions scolaires en faveur des élèves de milieu défavorisé à Bruxelles.
Propos recueillis par Olivier Bailly.

O.B. : Il semblerait qu’après le meurtre de Joe Van Holsbeeck, l’écueil de la stigmatisation ethnique a été en partie évitée.

A.M. : C’est très rassurant. L’émotion ne crie pas vengeance, elle demande justice. Et ici, on ne prend pas la partie pour le tout.

O.B. : Comment changer la donne ?

A.M. :
Quand on doit changer les attitudes d’une société, le premier réflexe, assez naturel, est de travailler avec l’école, la seule institution où l’on est sûr que ceux à qui nous volons parler sont là.
Mais cette attitude a très fortement perturbé les fonctions de l’école.
L’école devait d’abord enseigner.
Puis l’école a reçu une mission d’éducation au sens plus large tout en perdant des alliés qui construisaient aussi des repères, comme le service militaire ou un emploi stable.
L’école doit à présent enseigner, éduquer et assurer la socialisation.
C’est plus large que la transmission de savoir, cela englobe le savoir-faire, et surtout le savoir être.

O.B. : C’est trop pour l’école ?

A.M. :
Dans sa configuration actuelle, oui.
D’autant plus dans des établissements qui cumulent les handicaps.
Il y a deux mondes parallèles, séparés.
Un jeune m’a dit n’avoir plus parlé à un « belge » depuis deux ans !
Il y a des horizons qui semblent indépassables.
Même si la famille pauvre se sacrifie pour les études de son enfant, le jeu n’en vaut pas la chandelle, croit-il, parce que de toute façon, ils sont « exclus de l’intérieur ».
Et ils peuvent développer un fort ressentiment à l’égard des nantis.

O.B. : La solution dans l’immédiat ?

A.M. :
Pourquoi la Communauté française (Communauté francophone Wallonie-Bruxelles) ne créerait-elle pas un outil didactique donnant des clés pour traiter d’événements comme celui-là ?
L’enseignant est seul pour donner des réponses.

O.B. : Que dire à son fils qui va prendre le métro avec son MP3 ?

A.M. :
Faut-il interdire à son enfant de prendre son MP3 ?
Le danger est que les parents transmettent un sentiment d’insécurité, une volonté de vivre séparément.
Il faut occuper l’espace public, ne pas le laisser à des gens qui en parlent en termes de territoires.
Il faut prendre le bus, le train, vivre ensemble.

O.B. : Mais si personne ne me suit, je me mets seul en péril

A.M. :
Il faut retrouver confiance dans le collectif.
Tisser des relations de voisinage, s’impliquer dans la vie locale pour se sentir plus fort ensemble.
La sécurité, c’est aussi un sentiment ici et maintenant, on peut rassurer aussi avec un sourire.
En améliorant la qualité des liens sociaux, en rentrant dans un lieu public et en disant « bonjour », on envoie un signe de paix.
Dans une certaine mesure, il y a moyen de réguler les tensions par les civilités.

 

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Billet du jour posté à 11h13

Entretien avec Arno.

Arno Hintjes

D’après le journal Le Soir du 24 avril 2006, toute la page 18.
Tout l’article est à lire, ici uniquement des extraits comme d’habitude.

Arno Hintjes est né à Ostende en 1949. Rocker. Arno sait chanter et faire la java dans les nuits de Bruxelles, sa ville d’adoption.
Arno n’a pas été surpris par la tragédie dont a été victime le jeune Joe Van Holsbeeck. De son appartement de la rue Antoine Dansaert, près de la Bourse, Arno a vu les rues se transformer et la violence changer de visage ces dernières années.
Le journal Le Soir publie son témoignage, traduit de l’interview accordée au Standaard ce week-end.

Les agressions sont en augmentation à Bruxelles et plus dégueulasses.
Il y a dix ans, je pouvais rentrer à pied sans me sentir en insécurité. Aujourd’hui, je sais que je ne dois plus faire ça. Peut-être que je suis devenu plus vieux, j’ai 57 ans.
Je connais maintenant beaucoup plus de gens qui ont été victimes d’agressions.
Désormais, les agresseurs sont de très jeunes gens.

Récemment, mon fils est rentré à la maison avec un oeil au beurre noir. Il ne voulait pas me dire ce qui s’était passé.
Je trouve que certaines choses doivent être dites à un certain moment.
Il y a ici de jeunes gens qui rôdent, des « motherfuckers » d’origine arabe, mais qui sont nés ici. Ils sont frustrés et en tirent prétexte pour justifier l’usage de la violence.
Beaucoup de mes amis marocains sont aussi fâchés avec ces éternelles excuses à la violence.
J’ai des amies marocaines qui ne peuvent plus se promener en rue parce qu’elles se font traiter de putains. Certaines donnent des leçons à des allochtones, bénévolement. Et elles se font salir dans la rue.

Je pense parfois que certains parents devraient aussi être mieux éduqués. Mes voisins viennent du Maroc. Pour eux, tout est simple. Si cela arrivait au Maroc, les flics leur voleraient dans les plumes. Au Maroc, cela n’arrive pas. J’y vais souvent et, là-bas, je me sens en parfaite sécurité.
Je vais parfois dans les banlieues de Paris, de Lyon et de Marseille. Après 22 heures, tout est barricadé. Quinze gardes du corps, de vraies armoires à glace, protègent la salle de concert. C’est la grosse merde, man !

Il y a quelques années, je sortais d’un studio d’enregistrement près du centre-ville de Bruxelles. Une voiture s’arrête à côté de moi et quatre types sautent dehors. Je pensais que mon heure était arrivée, mais c’était quatre flics qui patrouillaient dans une voiture banalisée.
J’ai roulé avec eux dans le quartier. Ils m’ont montré les bandes, qui les connaissaient très bien aussi et ils me disaient :

« Tu vois, Arno, voilà comment ça marche :
- Si nous voulons faire notre travail comme il faut, nous sommes trop à droite pour tel parti.
- Si nous sommes tolérants, un autre parti nous juge trop à gauche.
Que devons-nous faire ? C’est là tout le problème.
Si tu tiens un discours conservateur, tu es aussitôt étiqueté Vlaams Belang.
C’est … bullshit. »

Une autre nuit, j’ai vu deux individus qui attaquaient une jeune fille. Je me suis dit : que dois-je faire ? Je m’en suis mêlé et l’un des types m’a envoyé : « Vlaams Blokker ».
C’est typique de notre époque.
C’est pour cette raison que j’ai aussi beaucoup de sympathie pour les flics. Que doivent faire ces types pour bien faire ?

Si le Vlaams Belang arrive au pouvoir, ce sera la catastrophe. En Flandre, nous sommes en train de les regarder faire. Ce que j’en pense ? Est-ce que la Flandre n’est pas assez flamande comme ça ?
On oublie parfois comment c’était avant.
Il n’y a pas si longtemps que les femmes se promenaient avec un châle, que les hommes et les femmes étaient dans des zones séparées à l’église, et qu’on vous mettait sous pression si vous n’aviez pas fait votre communion.
Le Belang … comme chanteur je ne peux rien y faire, parce que mon public ne vote pas pour le Vlaams Belang. Et je suis ici en train de parler au mauvais journal (De Standaard). C’est au Laatste Nieuws que je devrais dire tout ça.

Ce qui m’attire à Bruxelles ?
Je me suis échoué à Bruxelles. J’aime Bruxelles. C’est la seule ville vraiment belge.
Bruxelles est une ville ouverte et sa population ne se prend pas au sérieux.
Ne pas confondre Bruxellois flamands avec les Flamands.
Au plan artistique, il se passe ici des choses fantastiques.

Je crains la montée de l’intolérance. La jeunesse a peur. Les jeunes de 14 ans marchent dans la rue avec les yeux dans le dos.

La jeune génération voit les différences de manière beaucoup moins tranchée que nous. Mon fils de dix ans joue au basket dans un club. Ses meilleurs amis sont un Africain et un Marocain. Ils ne voient aucune différence de couleur. Ils ne comprennent pas ce que c’est le racisme. Ils ne savent pas non plus ce que c’est d’être de droite et de gauche.

Nous vivons dans un environnement où seuls le « je » et le « moi » sont importants. Ça doit changer. Le peuple doit appeler un chat, un chat. Et passer un peu moins de temps suspendu à la télé.

A Laeken (extension nord de Bruxelles), nous habitions entre un Portugais, un Marocain et un Africain. Il y avait une plaine de jeux tout près et cela fourmillait de dealers. Il y avait aussi un bureau du Front National et un autre du Vlaams Blok.
Les gens du quartier se sont mis ensemble. On a mis dehors tous les dealers, les deux bureaux ont disparus et chaque année, ils organisent une fête avec choucroute, couscous et musique de Dan Lacksman, qui habite là aussi. Ça fait douze ans que ça fonctionne.
Ça montre que le peuple peut prendre son sort en main. Les Marocains veulent aussi que leurs enfants soient en sécurité, qu’ils puissent étudier. Ce qu’on a fait là-bas peut se produire partout.

La solidarité jaillit parfois là où on ne l’attend pas. La femme de Marc Didden, qui habite aussi dans la rue Dansaert et les enfants ont été attaqués par une bande et un Marocain de 25 ans les a sauvés et a ramené les enfants à la maison. Ça existe aussi, des Marocains qui, à 25 ans, se posent les bonnes questions et prennent leurs responsabilités.

Soyons des hommes. Nous ne sommes pas mariés à l’extrémisme. Et laissons les gens être eux-même : cheveux courts ou cheveux longs, noirs ou blancs, musulmans ou athées.
Soyons (en français) « un petit pays avec un grand esprit »

www.arno.be

 

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Billet du jour posté à 11h56

Arrestation des agresseurs de Joe Van Holsbeek.

Point d'interrogation, Le Royer

Sur http://actuality.skynet.be

(Belga) Les autorités judiciaires de Bruxelles connaissent les identités des deux jeunes gens qui ont poignardé à mort le 12 avril dernier à la gare Centrale à Bruxelles Joe Van Holsbeeck pour lui voler son MP3. Il s'agit de deux jeunes Polonais âgés tous deux de 16 ans, a confirmé mardi matin officiellement la police fédérale.

L'un d'eux a été arrêté et a avoué avoir pris part aux faits, mais il n'a pas donné le coup de couteau mortel qui aurait été infligé par son comparse. Ce dernier est aussi connu de la police et de la justice. Il dispose d'une adresse fixe, mais n'était pas présent sur place. Les enquêteurs pensent que le jeune homme est en fuite. "Mais nous connaissons son identité et nous disposons de sa photo", a déclaré Glenn Audenaert, directeur judiciaire du SJA Bruxelles. "Nous sommes confiants de pouvoir l'arrêter".(GFR)

 

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Billet du jour posté à 23h03

Courrier des lecteurs du journal Le Soir.

dessin Le Royer en point d'interrogation

D’après le journal Le Soir du 25 avril 2006.

A.C. :

Joe, je marche tous les jours avec un noeud dans la gorge.
Je me pose une question :
L’émotion qui s’engouffre dans notre société à la suite de ton assassinat très médiatisé va-t-elle ouvrir les coeurs et les esprits suffisamment pour que soient prises en compte les agressions quotidiennes que subissent d’autres jeunes et moins jeunes gens ?

Des blacks, des blancs, des beurs qui sont aussi attaqués, violés, tabassés pour des conneries, mais dans des lieux moins en vue que la gare Centrale de Bruxelles.
Des blacks, des blancs, des beurs dont on ne parle pas ou si peu.

N.D. :

En tant que citoyenne, je suis choquée par le discours qui nous est servi par la ministre responsable de l’organisation de la Justice dans notre pays.
Réfléchir à une politique de répression et de sanction intelligente, en particulier pour les mineurs multirécidivistes ?

Quelle idée saugrenue, puisque le simple fait de traiter les plaintes et de prononcer une sanction n’est même plus à l’ordre du jour !

Il faut mener le travail au niveau éducatif.
Qui d’autre aurait pu y penser que Mme Onkelinx ?
Il faut dire qu’elle est également fine experte en matière d’éducation, si l’on se réfère à son glorieux passé de « fossoyeuse » de l’enseignement.

La déconnexion avec les citoyens et leurs préoccupations est totale.
La position des socialistes sur ces problèmes de société est complètement obsolète.
Il n’existe aucune réflexion en dehors d’un discours convenu et politiquement correct sur les racines d’un mal dont on rend responsable une société qui engendre des inégalités.
Dans cette logique de responsabilité collective, tout le monde, donc personne (n’)est responsable.
Aucune riposte intelligente face aux stratégies haineuses de l’extrême droite.
Dommage pour la démocratie et pour le peuple de gauche !

 

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Billet du jour posté le 26 avril 2006 à 14h38

Mort de Joe Van Holsbeeck (Questions)

Point d'interrogation, Le Royer

D’après le journal Le Soir du 25 avril 2006. Huit questions.
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Question 1 : Y a-t-il assez de policiers dans les rues ?
Question 2 : Les mineurs délinquants sont-ils correctement pris en charge ?

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Question 3 : Les petits délinquants sont-ils relâchés trop vite ? Par M. Metdepenningen.

Les policiers de terrains se plaignent souvent de voir de jeunes délinquants aussitôt remis en liberté par les juges de la jeunesse, venir les narguer devant les commissariats.

Les juges de la jeunesse se plaignent d’un manque crucial de moyens et du peu de places disponibles en institutions fermées ou ouvertes.

Scandale ?
Assurément pour les victimes.
Et désillusion pour les policiers, qui considèrent parfois « travailler pour rien », même après avoir arrêté des multirécidivistes.

Beaucoup de jeunes délinquants le savent et l’expriment lors de leur audition par la police : « Jusqu’à 18 ans, nous ne risquons rien ».
Et il n’est pas rare que des mineurs, pénalement irresponsables, soient utilisés par des majeurs pour commettre des larcins.

La surcharge des parquets incline à opérer trop de classements sans suite
et à éviter d’enquêter trop avant sur des dossiers concernant des « délits mineurs ».

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Par J-P Borloo.

Le sentiment d’impunité concerne la réaction des autorités par rapport à une infraction commise.
Y a-t-il vraiment une impunité ?
Peut-on parler, actuellement, de réponse immédiate de la société, quelle que soit la forme de cette réponse ?
Non, semble-t-il.
Il en résulte dès lors, pour l’auteur d’un fait et pour la victime, un sentiment d’impunité.

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Question 4 : Le sentiment d’insécurité est-il fondé ?
Question 5 : Les transports en commun sont-ils dangereux ?

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Question 6 : Le décrochage scolaire est-il un grave problème ? Par P. Bouillon.

On parle de 3.000 élèves en décrochage côté francophone, 4.000 côté flamand.
L’école est obligatoire de 6 à 18 ans.
Quand le jeune décroche, lui et ses parents peuvent être interpellés par la justice.
Ces trois dernières années, 800 dossiers ont été ouverts.
Dans l’écrasante majorité des cas, ils sont classés sans suite.

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Question 7 : Faut-il créer un service citoyen obligatoire ? Par B. Vaes.

Marco Martiniello, sociologue : « La citoyenneté, c’est la participation. Chacun doit pouvoir participer. Les travailleurs sociaux se heurtent toujours à la difficulté de toucher certains jeunes.

C. D. : « On veut un service obligatoire, sinon rien ! Un service d’un an pour tout le monde. »
Les jeunes se consacreraient à des activités d’intérêt collectif : le social, la santé, l’environnement, la vie des quartiers, le sport pour jeunes, l’aide aux petits et aux plus âgés. Le parcours aboutirait à un certificat.

Mon avis :
Pourquoi attendre 18 ans ?
Je sais que cela est déjà demandé dans certains groupes à des jeunes qui vont atteindre leur majorité religieuse ou laïque ! Autrement dit à 12 ou 13 ans !
Pourquoi ne pas l’exiger de tous à la sortie de l’école primaire ?

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Question 8 : GSM, MP3, …, objets de convoitise ? Par M. Metdepenningen.

Mort pour son MP3 ? C’est un raccourci.

Chaque jour, des agressions semblables, sans issue fatale, ont lieu dans le métro, les gares, les abords des écoles.

Les agresseurs de Joe Van Holsbeeck en voulaient sans doute plus à la valeur de son MP3 qu’à l’objet lui-même.
Objet de valeur, proie facile.
Les voleurs de sac ne volent pas pour les sacs des personnes âgées.

A Bruxelles, comme ailleurs, les racketteurs les plus violents volent pour revendre et s’acheter d’autres biens.

La plupart des « caïds » possèdent d’ailleurs leurs propres GSM, MP3 ou ordinateurs dernier cri.

Le parquet de Bruxelles n’a pas jugé utile de diffusé le numéro de série du MP3 de Joe qui, s’il n’y eut le meurtre, aurait dû se retrouver chez des receleurs ou être revendu en rue.

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Billets groupés.

23:03 Écrit par Fr@ncine dans Bruxelles Ville et Région | Lien permanent | Commentaires (0) | Tags : divers |  Facebook |

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