17/11/2004

Histoire du drap de Bruxelles

Quelques dates et périodes comme repères de l’histoire de Bruxelles
sur mon billet du  13 juillet 2004.

Source: « Où est les temps » 1999, ed. Waanders, archives de la ville de Bruxelles, Musée de la Ville-Maison du Roi et amis du musée historique de la Région de Bruxelles.
Fascicule 14 « Bruxelles, 1000 ans des Bruxellois et de leurs étoffes de luxe », pages 323à 326.

 

De luxueuses étoffes

Habiller les rois des plus luxueuses étoffes, décorer les murs de leurs châteaux des plus somptueuses images tissées et entourer reines et princes de nuages des plus volatiles dentelles… trois spécialités bruxelloises qui, de 1300 à 1900 ont fait de la ville une capitale internationale des textiles de luxe. Du drap fin, à la tapisserie et à la dentelle, chaque spécialité eut son époque de gloire.

 

Le drap de Bruxelles et une rivière, la Senne.

La Senne par Van Moer

(Clic pour agrandir)
Le drap des rois.
Sur les bords de la Senne, dans les premiers âges de la ville, paissaient des moutons. Les habitants ne tardèrent pas à travailler cette laine. Le choix des matières premières pour les vêtements était très limité. Le Bruxellois, comme ses contemporains d’Europe, n’avait qu’un double choix : tissus en laine et tissus en lin. Les tissages de laine avaient l’avantage de se prêter à tous les climats. Une industrie drapière très spécialisée se développa.

Les matériaux locaux n’étant pas suffisant, les marchands allaient acheter leur laine jusqu’en Angleterre.

Des tissus bon marché se produisaient un peu partout. Les Bruxellois avaient des raisons de s’orienter vers une production plus raffinée.

Centre d’un Etat de première importance sur la scène européenne, dès le 13e siècle, devenue la capitale des anciens Pays-Bas à partir du 15e siècle, Bruxelles privilégia donc très rapidement les industries de luxe et tout particulièrement l’art textile. L’apogée de la draperie de haut luxe se situe aux 13e et 14e siècles.

 

Le drap de Bruxelles et le roi de France Jean le Bon

Jean le Bon timbre 1964

En 1352, le roi de France, Jean le Bon, fait habiller son fils de drap de Bruxelles, qui coûte, au mètre, le prix de 30 grosses perles fines naturelles.

Le drap acheté pour vêtir le roi lui-même, à la Noël, coûte aussi cher qu’un lot de pierres précieuses, un beau diamant, cinq rubis, cinq émeraudes, qu’il acquiert la même année.

Au moyen âge, on tisse du drap dans les villes de Flandre, du Nord de la France, et du Brabant (Bruxelles étant située dans le duché de Brabant).

Les Flamands seront les premiers sur le marché international. Le Brabant y arrive plus tard, à partir des dernières années du 12e siècle. Pourquoi ? Sans doute parce que le duc de Brabant et les marchands bruxellois ont dès le milieu du 13e siècle, de très bons contacts avec l’Angleterre, qui produit la meilleure laine.

 

Jean II le bon
http://www.renaissance-amboise.com/
Découvrir personnages de la Renaissance, Jean le bon et la naissance du Franc pour payer la rançon du roi devenu prisonnier des Anglais à la bataille de Poitiers,…
(mai 2007. Site modifié et musique imposée sur certaines pages)

 

Le drap de Bruxelles et le duc Jean de Brabant

musée Bruxella 1238 Grand-Place de Bruxelles

Si Bruxelles se spécialise dans le drap de haut luxe, c’est sans doute parce que le duc Jean Ier et sa cour ont une préférence pour la ville. Les riches marchands ont dû rapidement découvrir, dans la cour, un marché de première importance. Beaucoup d’étrangers passent par cette cour ; lorsqu’ils repartent, sans doute se souviennent-ils de ce drap.

 

Pour le duc Jean 1e, duc de Brabant,
voir http://www.srab.be/
site de la Société royale d’Archéologie de Bruxelles (Pierre Bonenfant, Madeleine Le Bon)

J’ai réalisé un travail sur ce musée en 2001 mais je ne retrouve pas ces notes dans l’ordinateur.
Si je ne me trompe pas, le mannequin montre les « accessoires » du duc Jean de Brabant.

 

Le drap de Bruxelles et les métiers associés

Une technique raffinée.

Cibler une clientèle princière impliquait évidemment de perfectionner les techniques. Les beaux draps bruxellois doivent être tissés de laine peignée. Ils sont teints dans des bains de pigments naturels. Ils seront très finement tondus pour leur donner un aspect lisse et brillant. Ils sont tendus à diverses reprises et mis à sécher sur les grands prés que l’on trouve encore facilement dans le centre et juste à l’extérieur des remparts.

Les ouvriers impliqués dans la production sont nombreux et variés :
    les démêleuses de laine,
    les ourdisseurs, chargés de préparer la chaîne pour le tissage,
    les tisserands,
    les tondeurs, chargés de couper à ras le poil de l’étoffe, une intervention répétée plusieurs fois pour les draps les plus fins,
    les foulons, dont l’interventions donnaient son apprêt au drap,
    les rentrayeurs, chargés des coutures,
    les teinturiers,
    les débouilleurs, qui immergeaient l’étoffe dans l’eau pour éprouver la teinture,
    les tendeurs, qui faisaient sécher les draps tendus sur des rames ou perches pour assurer leur bon format.

 

Le drap de Bruxelles et noms de rues de Bruxelles

rue aux Laines à Bruxelles

Ces différentes opérations ont donné leur nom à certaines rues de Bruxelles.

Par exemple :
- Dans le prolongement de l’actuelle rue du Lombard (près de Manneken Pis), la rue des Teinturiers (jusqu’au bd Anspach) évoque les débuts de ces activités dans le centre.
- La rue des Foulons (relie le bd Lemonnier au bd Poincaré, du coté de la gare du Midi)
- Hors des remparts de 1200, le quartier entre la rue des Six-deniers et la rue des Tanneurs, était constitué de prés à rames à étendre le drap. (rue des Tanneurs conduit du bd du Midi jusqu’à proximité de l’église de la Chapelle, au 65 se trouvent les Archives de la Ville)
- La rivière était proche. Foulons et teinturiers se fixaient par là.
- La rue des Bogards, non loin de Manneken Pis, rappelle que cet ordre religieux fut d’abord, à Bruxelles, un groupe de tisserands unis par leur métier et ne prononçant pas de voeux. (relie la place Fontainas à la rue du Midi)
- Les ouvriers tisserands habitaient le quartier autour de l’église de Notre-Dame de la Chapelle.
- La rue aux Laines (du Palais de Justice au Petit Sablon) rappelle l’ancien pré-aux-laines situé près de la Halle aux laines où se vendait la matière brute en ballots.

La vente des draps avait lieu dans une halle aux draps située derrière l’actuelle Maison du Roi (musée de la Grand-Place). Au 14e siècle, les Bruxellois obtinrent l’autorisation d’en construire une nouvelle, là où se trouve aujourd’hui le corps arrière de l’Hôtel de Ville.

 

Pour situer une rue, je recommande pour Bruxelles
http://www.viamichelin.com/

 

Le drap de Bruxelles, sceaux et garantie

Pour garantir la provenance des pièces de drap, on mettait plusieurs sceaux, la marque du fabricant et un sceau appliqué après vérification à la Halle aux draps. Il fallait être prudent car les draps de Bruxelles furent rapidement copiés ailleurs et ces imitations de médiocre qualité se vendaient au prix fort.

Le succès du drap de Bruxelles conquiert tous les grands marchés. En 1319, les marchands parisiens essaient vainement de faire interdire aux drapiers bruxellois l’accès de la ville.

On peut juger de la beauté du drap bruxellois par les vêtements portés sur certaines miniatures, notamment les Heures des ducs de Berry.

 

Le drap de Bruxelles et les Riches Heures du Duc de Berry

Très Riches Heures du Duc de Berry, janvier

Les très riches heures du Duc de Berry
(on trouve les photos sur plusieurs sites)
http://crdp.ac-amiens.fr/  (description des enluminures à l’occasion d’une exposition au musée de Condé à Chantilly en 2004)
http://humanities.uchicago.edu/  (en anglais, The University of Chicago)
http://www.infx.info/  (appréciation des sites précédents)
http://nicolasremy.free.fr/  (vue d’ensemble des enluminures)
http://encyclopedie.bourges.net/  (Jean, duc de Berry, fils du roi de France Jean le Bon)
http://www.ac-strasbourg.fr/pedago/  (vocabulaire, Education Nationale en Alsace)
Livre d'heures = recueil renfermant les prières de l'office divin.

 

Le déclin du drap de Bruxelles

La guerre de Cent ans (série de conflits qui ont opposé la France à l’Angleterre aux 14e et 15e s.) porte les Anglais à développer leur propre industrie drapière et la laine commence à manquer à Bruxelles.

Les modes commencent à changer, sous l’influence des tissus de soie, des brocarts, des velours ciselés venus d’orient. Ceux-ci sont bientôt imités par les villes italiennes. Ces étoffes superbes remplacent les draps de luxe. En outre, des artisans bruxellois, lassés de leur condition sociale, ont immigré, certains en Italie, contribuant à l’industrie du drap florentine notamment.

La décadence est donc présente dès 1400 dans la production bruxelloise, qui se reconvertit vers des productions plus faciles de drap bon marché. A la même époque, les maîtres se sont tournés vers une création d’un grand art, qui succéda au drap pour assurer la réputation internationale de Bruxelles, la tapisserie.

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